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Emeutes d'Arzew : de 12 mois à cinq ans de prison requis contre les accusés

La Tribune (Algiers)
ACTUALITÉS
7 Novembre 2005
Publié sur le web le 7 Novembre 2005

By Samir Ould Ali

Reporté une première fois pour absence de la partie civile, le procès des «émeutiers d'Arzew» s'est tenu hier au tribunal correctionnel de la ville en présence d'un impressionnant dispositif de sécurité anti-émeute.

Trente et une personnes -que l'exiguë salle d'audience peinait à contenir-, devaient répondre de divers chefs d'inculpation allant du trouble à l'ordre public à la destruction de biens de l'Etat, en passant par coups et blessures sur des représentants de la loi (32 policiers attestent avoir subi des violences) et incitation à la violence.

Loin «d'assumer des actes» qui, de l'avis de tout le monde, ont poussé les autorités de la wilaya à prendre en charge les doléances longtemps ignorées de la population, la grande majorité des jeunes accusés ont rejeté les accusations portées contre eux et affirmé n'avoir participé à aucune manifestation de violence. Certains sont même allés jusqu'à accuser les services de police de leur avoir fait signer des aveux sous la menace. Ce qui n'a pas empêché le ministère public de requérir des peines allant d'une à cinq années de prison ferme parce que, a-t-il soutenu, tous ont été appréhendés sur les lieux et au moment même des événements : «Rien ne justifie les actes de violence, et ceux commis par les accusés ont provoqué des dégâts considérables et ont failli faire d'Arzew une ville en ruine.»

Pour le procureur de la République, il ne faisait aucun doute que les personnes présentes au banc des accusés -dont certaines ont un casier judiciaire- sont celles-là même qui ont provoqué les émeutes des 24 et 25 octobre dernier. Ce qui n'était pas le cas des avocats de la défense -dont la majorité se sont constitués de façon bénévole- qui, comme l'assistance, n'ont pu réprimer un mouvement d'humeur en entendant les peines requises par le ministère public. «Pour une parole malheureuse du ministre de l'Intérieur français, 900 véhicules ont été incendiés, s'est écriée l'une des avocates. A côté, ce qui s'est passé à Arzew n'est presque rien.» Remarque qui n'a pas été du goût ni du procureur de la République, qui a demandé une notification officielle, ni du président qui a prié l'avocate de «rester à Arzew». L'avocate, qui s'est, elle aussi, constituée bénévolement, a fait le parallèle entre octobre 2005 et octobre 88 : «C'est une triste commémoration que de voir que 17 années après, rien n'a changé et nous nous retrouvons devant pratiquement les mêmes événements, la même tragédie [ ] Car, au-delà des dégâts matériels, il ne faut pas oublier qu'il y a eu mort d'homme à Arzew», a-t-elle rappelé.

Deux personnes ont, en effet, été tuées par balles et une enquête est en cours pour déterminer les circonstances exactes qui ont conduit à leur décès. Dans leurs plaidoiries, tous les avocats ont insisté sur l'absence de preuves matérielles incriminant leurs clients (ce n'est pas parce qu'ils étaient sur les lieux qu'ils sont coupables) et réclamé la relaxe pure et simple. Certains défendeurs ont même fait le procès de cette Administration qui, par ses décisions irréfléchies est, elle aussi, responsable des tragiques événements du Ramadhan.

Le verdict était attendu en fin d'après-midi d'hier par des centaines de parents et amis des accusés, ou simplement citoyens de la ville, qui sont restés toute la journée aux abords du tribunal. «Les vrais responsables son dehors», estimaient certains d'entre eux. Et au vu des débats qui se sont déroulés dans la salle d'audience et de l'absence de preuves accablantes, on serait tenté de croire qu'ils n'ont pas totalement tort.

 
 

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